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Le REFPMAP est récipiendaire du prix
des
Droits de l'Homme des Nations Unies 2003
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< Nous sommes tous liés
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Interview avec Saran Daraba Kaba, la Présidente Fondatrice
du REFMAP
Hadja
Saran Daraba KABA, un leader guinéen dynamique
et la Présidente fondatrice du Réseau des Femmes du
Fleuve Mano pour la Paix (REFMAP), parle dans cette interview de
son organisation, le récipiendaire du Prix des Droits de
l'Homme des Nations Unies en 2003. Depuis sa création, le
REFMAP a joué un rôle important en promouvant les droits
des femmes dans la sous-région de Fleuve Mano: la Guinée,
le Libéria, et la Sierra Léone.
Pendant que les flux des réfugiés du Libéria
et de la Sierra Léone en Guinée atteignaient les niveaux
records au début du millenium, le REFMAP a empêché
l'éruption des hostilités entre les trois pays en
amenant leurs chefs à la table des négociations. À
travers ses interventions précoces, le REFMAP a également
empêché lérosion des droits de l'homme
qui souvent a lieu en temps de guerre et il a avancé la mise
en oeuvre de la Résolution 1325 du Conseil du Sécurité,
en ce qui concerne en particulier l'impact de la guerre sur les
femmes et leurs contributions à la résolution des
conflits et de la paix durable.
Mme
Daraba a bénéficié de plusieurs bourses détudes
offertes par USAID pour des formations en Guinée ainsi quaux
Etats-unis. Partisane de la formation et de l'éducation de
la société civile en Guinée, Mme Daraba dit
quun voyage d'étude soutenu par l'USAID auquel elle
a participé avec dautres femmes leaders guinéennes
à travers huit états américains en 1991, a
constitué véritablement une plaque tournante dans
sa carrière.
--
Laura LARTIGUE, Spécialiste du média, l'USAID
LL: Quel est votre point de vue sur la situation actuelle en Guinée?
SD: La situation de
la Guinée est très spécifique bien que
nous n'ayons pas vécu la guerre civile, le mal gouvernance
et les problèmes sociaux, économiques et politiques
nous ont menés à une crise, et nous ne sommes pas
tellement en paix. Tout le monde est inquiet de la situation politique
interne actuelle. Et en Sierra Leone, lONU a installé
des forces de maintien de la paix qui était très,
très coûteux, mais la reconstruction ne se déroule
pas assez vite pour accueillir les réfugiés. Quelques
étapes ont été franchies, mais ils ont tout
perdu leurs maisons ont été détruites,
des familles ont été écartées, alors
ils retournent chez eux en Sierra Léone, et peu de temps
après ils reprennent la route pour la Guinée.
Les gens ne peuvent pas rester longtemps en Sierra Léone
parce que la communauté internationale s'est investie en
forces de maintien de la paix, mais na pas investi assez d'argent
pour la reconstruction. Le pays est resté en guerre pendant
plus de dix ans. L'impact de cette guerre a été non
seulement matériel mais aussi psychologique qui prend du
temps pour guérir. Nos griots -- nos communicateurs traditionnels
-- vous diraient que les soldats des forces de maintien de la paix
peuvent arrêter la guerre, mais ils ne peuvent pas apporter
la paix.
LL: Alors qui apporte
la paix?
SD: La société
civile, qui aussi a besoin d'assez de ressources pour pouvoir jouer
son rôle de balance entre le gouvernement et l'opposition.
Dans cette sous-région, nous avons assez d'organisations,
d'unions, et des chefs religieux pouvant jouer un meilleur rôle
et être plus impliqués dans le processus de paix. Je
pense que minimiser le rôle de la société civile
était un des échecs du processus en Sierra Léone,
et nous devons en tirer les leçons de leurs expériences
et les appliquer au processus de paix au Libéria, et éventuellement
en Côte dIvoire.
LL: Alors c'est votre
recommandation pour le processus de paix au Libéria?
SD: Oui, mais c'est
difficile pour lONU à sadapter. Le programme
DDR (Désarmement, Démobilisation et Réintégration),
développé par lONU et mis en oeuvre dans le
monde entier, n'a pas beaucoup de flexibilité. Également
il y a une grande différence entre l'argent quils dépensent
en Europe, et l'argent quils dépensent ici pour aider
les réfugiés. Alors ce sont des problèmes nous
avons dans la sous-région, et je suis heureuse d'apprendre
que l'USAID voit tout cela dune perspective sous-régionale.
C'est pourquoi nous avons créé notre organisation,
le REFMAP.
LL: Pour la première
fois depuis longtemps, la paix arrive dans les pays du Fleuve Mano.
Quel était le rôle de votre organisation en atteignant
la paix?
SD: Nous sommes venus
sur la scène en 2001 quand la situation était très
dramatique dans la sous-région, et les trois gouvernements
ont refusé de se rencontrer-- le dialogue politique était
complètement bloqué, et des gens mourraient de la
violence non seulement parce que les gouvernements ne pouvaient
pas favoriser et établir le dialogue dans la charpente politique
quils ont créée. Il y avait des protocoles,
des trêves, etc
, mais ils n'ont pas été
respectés. Des ONG travaillant sur le terrain ne pouvaient
même pas se déplacer à cause des exactions des
factions armées non contrôlées parce quun
système criminel économique s'est développé
dans cette sous-région. Le trafic des drogues, des enfants,
des femmes, des armes
une sorte d'économie parallèle
a été installée et ainsi certains gens n'ont
aucun intérêt dans la paix.
LL: Vous voulez dire
que la situation de la guerre a aidé certains gens avancer
leurs intérêts?
SD: Oui, et quand
les gouvernements refusent de se parler, c'est une situation idéale
pour eux d'agir. C'est pourquoi des gens ont été tués,
c'est pourquoi des femmes ont été violées,
c'est pourquoi des enfants ont été forcés de
faire partie des groupes armés. Alors il y avait toutes sortes
de violations des droits des hommes.
LL: Alors qu'est-ce
que vous tentiez de faire?
SD: Nous essayions
de réclamer une place à la table au niveau sous-régional.
Tout le monde parlait du processus de paix en Sierra Léone
et Libéria, mais aucune femme ny était.
LL: Autrement dit
50% de la population était exclu?
SD: Plus que ça.
Ils ont organisé un sommet des chefs d'Etat, des ministres,
des consultants, etc..., mais aucune femme nétait parmi
eux, alors les sollicitudes des femmes n'ont pas été
soulevées. Alors nous avons fait le plaidoyer. Nous voyions
des faits dont certains chefs ignorent, et dont ils ne voulaient
pas reconnaître. Nous leur disions la réalité.
LL: Sur quoi vouliez-vous
tirer leur attention?
SD: Nous leur avons
dit que nous devons travailler pour apporter la paix parce que nous
sommes tous concernés dans la sous-région, nous sommes
tous liés. Les frontières sont assez ouvertes -- peu
importe que vous soyez guinéen, léonais ou libérien.
Vous ne pouvez pas dire, « Je m'en fiche de ce qui se passe
en Sierra Léone ou Libéria parce que je suis guinéen»
-- pas du tout! Ce qui se passe chez votre voisin arrivera chez
vous, vice-versa. Nous n'avons pas bougé assez vite pour
arrêter la guerre au Libéria. Le Libéria brûlait,
puis la Sierra Léone, et puis s'est arrivé à
la Guinée. Alors nous avons dit, « Ecoutez, tout cela
doit arrêter. Nous ne pouvons pas détruire toute la
sous-région à cause dun manque de vigilance
et de la mal gouvernance. » Nos pays ne comprennent pas la
responsabilité -- tout le monde veut dire, « Je suis
souverain dans mon pays. » Dans le contexte global, avec l'Internet
et les téléphones portables, quest ce que ça
veut dire?
LL:
Alors vous disiez que tous les pays sont liés, n'est-ce pas?
SD:
Si, et concrètement, pour les gens dans la ville de NZérékoré,
au coin sud-est de la Guinée, les évènements
au Libéria ont plus d'impact sur leurs vies que ce qui se
passe dans une autre région de la Guinée. Ils sont
à 400 kilomètres de Monrovia, et 1,200 kilomètres
de Conakry. Souvent ils ignorent ce qui se passe à Conakry,
mais ils suivent quotidiennement les nouvelles à Monrovia.
Gueckédou, cest la même chose cest
une ville en Guinée, mais la situation sociale, économique
et culturelle de ces villes est plus proche de celle des villes
en Sierra Léone et Libéria que celle qui est en Guinée,
alors les gens là sont plus liés au Sierra Léone
et Libéria quau reste de la Guinée. Nous avons
tiré lattention de nos chefs sur ce constat.
Cest la même chose en Sierra Léone. Dans les
villes comme Koindu, ça les est égale pour ce qui
se passe à Freetownils sont liés à Faranah,
Gueckédou et Kissidougou en Guinée. À Wondjama,
au Libéria, ils sen fichent de ce qui s'est passé
à Monrovia. Ils sont liés à Gueckédou
et Macenta. Ce sont les sujets que nous avons abordés pendant
les discussions.
LL:
Alors comment est-ce que vous avez commencé?
SD:
Nous avons commencé en travaillant au niveau national où
il y avait déjà des mouvements forts des femmes. Nous
avons travaillé dans tous les trois pays avec les organisations
féminines nationales, des avocates, des journalistes, femmes
ministres et parlementaires, et des femmes daffaires. Alors
au niveau national, nous avions des groupes féminins assez
forts capables de se lever et dire, daccord, nous devons être
entendues. Et ces femmes ont commencé à se battre
pour la paix au niveau national.
Les femmes ont eu un impact important sur les négociations
de paix en Sierra Léone avant que les factions en conflit
ne viennent à Lomé, Togo pour signer un accord de
paix.
LL:
Comment est-ce que vous avez eu un impact sur la signature dun
accord de paix?
SD:
En organisant les manifestations, les campements devant le Parlement,
écrivant des articles, causant sur les issues à la
radio. Des femmes ont parfois parlé directement aux groupes
de rebelles, en disant, « Pourquoi utilisez-vous les fusils
contre nous? » Elles ont lancé un défi contre
les groupes de rebelles, ainsi que le gouvernement.
Au plan local, en Guinée, par exemple, nous avons donné
lespace pour les groupes de femmes réfugiées
davoir leurs rendez-vous, travailler à lordinateur,
ou saisir des lettres ou des documents. Nous avons fait ça
pour quelles puissent être visibles et expliquent leurs
soucis à lUNHCR ou à lONU. Aussi, chaque
année à loccasion de la journée nationale
et de la journée internationale de la femme, nous donnons
à ces femmes réfugiées lopportunité
dexpliquer ce qui sest passé et se passe dans
leurs pays. Elles nous ont expliqué leurs expériences
avec la violence. Elles ont été violées, quelques-unes
ont été tuées, mutilées, amputées.
Elles nous ont expliqué tout cela. Et puis nous avons organisé
une grande manifestation ici.
LL:
Est-ce que vous pouvez citer quelques grands accomplissements de
votre organisation?
SD:
Je pense que les femmes ont joué un grand rôle dans
la création de l'Union du Fleuve Mano, mais en 2000-2001,
ce n'était pas facile d'y penser. Aussi, le fait quau
niveau international aujourd'hui il a été reconnu
que la paix et la sécurité ne peuvent pas être
réalisées sans prendre une perspective régionale.
Nous sommes un exemple de ce quon peut faire quand on travaille
ensemble.
Le deuxième accomplissement que je voudrais souligner est
que nous avons sauvé des vies humaines en intervenant au
plus haut niveau des trois pays au sommet du CEDEAO en 2001, 2002,
et 2003. Nous étions là pour plaidoyer, pousser, et
dire, « D'accord, c'est ce que vous avez dit, mais ce que
nous avons vu sur le terrain sont les faits, alors qu'est ce que
vous allez faire? »
LL:
Est-ce que vous pouvez me donner un exemple?
SD:
Nous avons arrêté « la guerre des ondes »
entre les gouvernements. Les médias étaient utilisés
pour transmettre les messages agressifs de haine. Cest nous
qui avons dit, « Assez, vous ne pouvez pas faire ça.
» Mais également nous travaillions au niveau local
en disant aux gens, « N'écoutez pas ces gens; ce sont
des politiciens. Vous habitiez ici avec vos parents pendant des
décennies. N'utilisez pas les fusils maintenant pour résoudre
vos problèmes. Vous pouvez vous asseoir et vous parler. »
LL:
Quel est le plus grand problème que vous voyez par rapport
aux violations des droits de l'homme?
SD:
C'est un autre problème. Les droits des femmes doivent être
vus à travers une lentille culturelle. Quelque chose peut
être vous sembler bizarre, mais pour moi, c'est normal. Quand
je voyage aux Etats-unis, quelque chose peut me sembler bizarre,
mais pour vous, c'est normal. Il y a longtemps avant la colonisation,
l'empire Mandingue, les royaumes des Peul, Mossi, Houassa, Baoulé
et Kélé étaient des entités où
la loi avait été fixée et même écrite.
Puis vous avez des religions Chrétienne et Musulmane, et
dautres qui ont leurs propres lois. Alors vous avez les lois
traditionnelle, locale, et religieuse, mais vous avez aussi les
lois héritées du Royaume-Uni, les Etats-unis et la
France.
Dans la sous-région il y a un taux d'analphabétisme
allant de 50 à 80%, où ces lois n'ont pas été
disséminées et comprises par le peuple, qu'est-ce
que vous faites?
Par rapport aux femmes, je pense que toutes les lois liées
à la citoyenneté doivent être transmises aux
femmes. Si elles sont des citoyennes, elles doivent exiger leurs
droits. Mais pour savoir leurs droits, elles doivent recevoir l'éducation
civique. Elles doivent connaître aussi les conventions internationales
comme la Convention pour l'Éradication des Toutes Formes
de Discrimination contre les Femmes (CADAW en anglais), elles doivent
connaître ça. Si vos droits sont violés dans
votre vie quotidienne, vous devez savoir que vous avez quelque part
où vous pouvez vous plaindre.
Nous avons formé des avocats à la traduire en langues
nationales pour que la Convention soit comprise par les femmes qui
ne sont pas très lettrées. Nous avons aussi formé
des juristes au niveau des villages, pour qu'ils puissent utiliser
la loi en cas de besoin. Nous formons actuellement des femmes à
Dinguiraye avec Africare, une ONG américaine.
LL:
Quel est votre plus grand défi maintenant?
SD:
Le nouveau défi pour le REFMAP est de participer aux programmes
de DDR dans les trois pays en crise--Côte dIvoire, Sierra
Léone et Libéria.
LL:
Continuez de mettre la pression. Je vous remercie! k
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Saran Daraba Kaba
Présidente Fondatricedu REFMAP |